Apolline Veyrac a grandi ici, dans cette ville d’eaux nichée au cœur de l’Auvergne, avant de la quitter à dix-huit ans dans le sillage de son père, instituteur muté à Clermont-Ferrand. Elle aurait dû devenir institutrice à son tour. Elle est devenue infirmière : d’abord dans un hôpital laïque clermontois, puis, la guerre venue, dans les hôpitaux d’évacuation où l’on apprend vite qu’un registre ne remplace jamais la vérification du corps, du lieu et du geste.
En 1922, munie du tout nouveau brevet de capacité d’infirmière professionnelle, elle revient à Valdorne. Elle y dirige aujourd’hui la surveillance des soins du Grand Établissement thermal, un poste qui la place, chaque matin, au centre de tout ce que la station préfère ne pas voir : les corps, les habitudes, les silences.
Elle n’a aucun pouvoir de police. Elle n’en a pas besoin. Sa légitimité tient à sa compétence, à la confiance qu’elle inspire, et à un refus tranquille des explications commodes.
Vive, curieuse, chaleureuse. La guerre lui a laissé un appétit de vivre qu’aucune convenance ne parvient à discipliner tout à fait. Elle aime les belles étoffes, une réplique bien sentie, la fraîcheur du parc après une journée de vapeur. Elle suit avec attention la campagne pour le droit de vote des femmes, sans en faire un étendard : son féminisme se voit dans ce qu’elle refuse de laisser passer, pas dans les discours qu’elle ne tient pas.
Sa question, toujours la même, face à un corps, un objet déplacé, une routine rompue : qu’est-ce qui, ici, n’aurait jamais dû se produire ?